Journée clinique 2011

 

Ci-contre un résumé de la journée clinique 2011 sur le thème :

 

"Au service du changement: Deux regards sur la mobilisation des ressources et des compétences des partenaires de la thérapie "

Journée clinique 2010

 

 

 

 

 

Psychomotricité et nature. Et si on mettait les pieds dehors ?!? … des bienfaits et des possibilités de pratiquer la psychomotricité dans et avec la nature. Retour sur la journée clinique des psychomotricien(ne)s 2010.

 

Les 3 interventions dont le riche contenu a amené à beaucoup d’images, de liens et de débats animés, ont balayé une large palette de pratiques. Les 20 étudiants et les 22 professionnels présents ont formé un public intéressé et actif.

 

Sarah Wauquiez, pédagogue par la nature, institutrice et psychologue, anime depuis plus de 10 ans des ateliers de jeu en forêt pour des enfants de tous âges. Elle nous a exposé diverses recherches qui mettent en évidence les effets et bienfaits significatifs des expériences en nature sur le développement des compétences motrices, sociales, créatives et de concentration chez les enfants. Cette femme pleine d’énergie a retracé différents projets d’accueil de la petite enfance en forêt issus des pays scandinaves et qui se développent en suisse (en romandie : silviva.ch, et notamment à Fribourg : alairelibre.ch). Un « canapé forestier » - sorte de palissade de bois ronde, avec le foyer au milieu - crée un repère dans le grand espace de la forêt, un appui pour l’exploration. Les enfants cherchent et trouvent leurs limites de manière spontanée, prennent conscience des dangers et se responsabilisent. Ils profitent d’une grande liberté d’exploration. Les activités varient entre le jeu libre, des activités impulsées par l’adulte, mais aussi des moments de groupes ritualisés comme le cercle matinal, les repas et l’histoire qui clôt la journée.

 

Anne-Marie Salamin-Morard et Tone Bischofberger, sont deux psychomotriciennes qui pratiquent en privé avec des adultes et qui collaborent ensemble depuis 12 ans déjà, notamment pour la formation de base des psychomotriciens à Genève dans le cours intitulé « Exploration corporelle de la relation ». Elles nous ont présenté les weekends de travail résidentiel qu’elles proposent aux psychomotriciens depuis 4 ans, durant lesquels la nature - en images et comme expérience directe - a une place importante. Dans une alternance de temps d’explorations corporelles structurées et essentielles, de partage verbaux et de temps quotidiens informels et de création avec du matériel de la nature, le travail se déroule dans un temps continu qui propose de laisser émerger ce qui est présent, d’être en « présence corporelle à soi, à l’autre et au monde ». Une image, choisie en début de travail, accompagne ce chemin d’explorations corporelles et de rencontres, proposant une circulation entre images « extérieures », résonnances intérieures, perceptions et attention au ressenti intérieur. Les images proposées sont des photos comportant les 4 éléments de manière isolée ou conjointe, images de la nature en mouvement ou au repos.

 

Estelle Terradillos Mettraux est psychomotricienne dans le cadre d’une institution spécialisée du canton de Fribourg. Elle nous a présenté quelques séances particulières d’une thérapie individuelle avec une jeune fille, durant lesquelles elle a utilisé le land art pour ouvrir les portes à l'imprévu et au changement. Travailler ici et maintenant avec ce que l’on trouve dans le parc de l’école, sortir de la salle de thérapie pour aller à la découverte du monde, oser, créer : telle était sa proposition. Les créations de cette jeune fille, dont les photos nous ont permis de sentir le délicieux éphémère, l’ont amenée à la recherche - des bons éléments, de l’équilibre, des appuis, des formes, des lieux - et à l’aboutissement poétique, symbolique, jusqu’à pouvoir entrer dans l’acte de nommer ses œuvres. E. Terradillos Mettraux nous a exposé le processus de questionnement du cadre thérapeutique qui l’a amenée à faire ce projet : c'est notamment sur la base d’une histoire commune et d’un lien sécure que la sortie de la salle s’est construite. L’aspect temporaire et ponctuel de ce travail contraste avec les réflexions partagées autour du besoin de continuité et de périodes d’immersion pour le travail en nature : quatre séances d’une heure hebdomadaires ont « déjà » permis de grandes ouvertures !



Quelques thèmes nous ont paru traverser les différentes interventions et ont été mis en évidence durant une synthèse en fin de journée, qui a permis l’ouverture au débat avec l’assemblée.

Laisser émerger, être touché par la nature, r-éveil des sens… Que l’on ait quatre ans ou cinquante ans, le contact avec les éléments naturels touche, l’espace extérieur que l’on explore donne accès et nourrit l’espace interne. Lors de la création c’est le mouvement réciproque qui se produit : images, imaginations, jeux symboliques, créations en 3 dimensions. Autant de lieux de contact entre le dedans et le dehors, de lieux d’émergence et de créations évoqués dans les 3 interventions.

Pour l’accueil des groupes d’enfants en forêt et les weekends de travail résidentiel, le temps long qui permet la continuité, l’immersion, la possibilité de répétition ici et maintenant a été nommé comme un ingrédient important. Ainsi lorsqu’ils jouent durant 4 à 5 heures dans la forêt, ils passent par des stades de concentration, d'intérêt, de curiosité et d'ennui - comme par vagues - ce qui permet l’auto-organisation rythmique de ces groupes d’enfants. Comment se tourner alors vers un travail en nature lorsque notre dispositif d’intervention est découpé en heures de thérapie individuelle dans une salle et un bâtiment ? Le cas clinique présenté par E. Terradillos Mettraux est un exemple éloquent. Nul besoin d’aller très loin, le ponctuel est rendu possible par la continuité du lien et de l’histoire de la thérapie.


Un participant partage son expérience avec des adolescents: « un espace restreint donne envie de s’enfuir ou d’agresser. L’espace immense donne envie de se réunir, solidaires». L’importance des vécus et comportements liés à l’espace et les liens avec la proxémie est à souligner.


Dedans - dehors, intérieur - extérieur, thèmes qui viennent non seulement questionner perceptions et créations, mais également le cadre de la salle de psychomotricité. La question posée au début du débat « en fait, pourquoi la nature ? » nous a amenés à évoquer la question conjointe de « pourquoi la salle ?». Ces questionnements ont permis d’aborder non seulement le statut de l’espace et des contenants, mais également les objectifs et moyens à différencier ou préciser dans les cadres pédagogiques et thérapeutiques. Le cadre spatial et l’ « ouverture » de la salle pour aller vers l’extérieur, mais également une multitude d’outils professionnels qui permettent de proposer des expériences différenciées ont été mis en évidence tout au long de la journée : parfois très structurées, les propositions d’exploration peuvent également être non structurées et libres. Le matériel naturel est pour cela un support apprécié car il a une forme et une structure propre, mais non pas une utilisation prédéterminée. C’est donc au service de chaque projet pédagogique ou thérapeutique que l’on construit le dispositif – salle, nature ; activités structurées, jeu libre.

 

La question des contenants a pris une large place dans le débat. La contenance proposée par le cadre de la salle de thérapie peut-elle être intériorisée ? Par le patient ? Par le professionnel ? Le besoin de se sentir bien dans le lieu où l’on emmènera les participants en nature a été évoqué comme important. La continuité de la relation et une certaine dose d’autonomie (motrice et psychique) ont été soulignées comme base pour pouvoir sortir. Des questions autour de la sécurité ont été soulevées à la suite de l’intervention de Sarah Wauquiez, mettant en évidence que l’espace ouvert questionne, et parfois désécurise les professionnels. Par rapport aux enfants, les règles de sécurité de base en nature ont été soulignées : voir et être vu par l'adulte, entendre et être entendu pour les plus grands, présence de 2 adultes avec le groupe.


Le lieu à l’extérieur est choisi par Sarah Wauquiez pour les possibilités qu’il offre et en tenant également compte des aspects de sécurité. Les aspects de discrétion ont été évoqués comme étant importants aux yeux des participants.


Par rapport aux expériences que la rencontre avec la nature propose, une femme disait : « La nature elle en impose ». La nature permet en effet d’aller à la rencontre des limites, de quelque chose qui résiste, qui nous fait sentir notre pouvoir limité face aux éléments.



Peu à peu, lors du débat, les témoignages d’expériences ont émergé : construction d’igloo avec des adolescents, sorties de la salle de psychomotricité et exploration de l’institution, envies fortes de sortir dans la nature non encore explorées… Chacun a pu se rendre compte que nombre de tentatives se font, comme en cachette, osant la sortie de cette salle de thérapie dont on entend dire que « la porte et les fenêtres doivent être fermées ». Certaines réactions sont vives face à la surprise de réaliser que d’autres ont osé, alors que l’on a soi-même laissé cette idée dans l’œuf. Comment notre identité professionnelle est-elle perçue et reconnue – par les autres et nous-mêmes - lors de changements de dispositifs ?


La sortie de la salle de psychomotricité et le travail dans et avec la nature, thème ciblé qui a amené à l’ouverture des pratiques et des réflexions, semble pouvoir être le centre d’encore bien des recherches et discussions. Cela aurait du sens que la journée clinique de l’an prochain soit un point de rencontre pour ce faire… mais le comité se laisse le temps d’y réfléchir ! Certaines personnes ont émis le souhait de continuer les partages amorcés autour des différentes pratiques et tentatives de sorties de salle.


Merci aux intervenantes, dont les présentations étaient investies de qualité dans la forme et le contenu, et qui ont nourrit les imaginaires, les réflexions et les débats. Un merci tout particulier à Valérie Schmutz qui, pleine d’élan, a permis que cette journée et ces rencontres aient lieu.

 

Fanny Balmer, pour le comité d’organisation de la journée clinique 2010